En Guinée, l’obscurité et la chaleur envahissent les foyers ( Jacques Leno)

Le noir revient dans les quartiers. L’obscurité et la chaleur envahissent les foyers. Difficile mais contraints à supporter. L’Etat manque de solutions. Kaléta, Garafiri et Donkéa ont montré leurs limites. On le savait bien avant l’inauguration du barrage du coup KO. Dans l’euphorie de la campagne électorale en vue de la réélection du président Condé, nous avons vu cette mobilisation. Un rassemblement qui n’a pas pris soin de tester le travail technique. D’ailleurs on pouvait facilement se faire une idée des risques, puisque l’infrastructure a été mise en marche alors qu’il était en chantier. Les décideurs n’ont vraiment pas voulu entendre les remarques. Il fallait lancer à tout prix pour contenter momentanément une population qui demeure dans le noir.
Le pouvoir actuel a eu de bonnes intentions au départ, mais le même système qui a toujours préféré abandonner la population à son sort, gère encore malheureusement l’essentiel de nos ressources. Le système qui tue offre des possibilités aux ministres et autres hauts cadres de l’Etat de disposer des groupes électrogènes, régulièrement alimentés. Le système qui tue vole l’Etat, les citoyens et les entreprises qui veulent développer le pays. Le système qui tue signe des contrats au nom du peuple dans la plus grande opacité.
La Guinée et le guinéen font pitié. C’est bien difficile à expliquer qu’une capitale continue à manquer d’électricité au 21ème siècle. Les délestages sont dans une certaine mesure compréhensibles, mais un manque total, comme si nous étions dans un gros village perdu de l’intérieur du pays est inacceptable. Cette dilapidation des fonds, au nom d’un prétendu investissement dans le secteur énergétique, révolte comme le rêve de vendre notre énergie aux pays de la sous-région. Qu’allons -nous vendre au juste ? Le noir peut-être.
Notre Président coordonne le plan d’électrification de l’Afrique, alors qu’il n’a pas encore fini avec les problèmes dans son pays. Et il en est fier. Comment peut-il parler au nom de ses homologues qui songent désormais à électrifier les villages ? En clair, il est plus nécessaire de continuer à parler au nom des guinéens pour qui l’électricité est encore un luxe, que de se porter avocat de l’Ethiopie qui est sur le point de bâtir le barrage de la renaissance le plus grand du continent 6000 MW. Il est plus logique de faire face aux conséquences de l’absence du courant électrique pour les entreprises et les guinéennes et les ménages, que de parler au nom du Maghreb, du Sénégal, de la Côte d’ivoire, du Burkina Faso et même du Rwanda qui font des exploits dans ce domaine. On ne peut quémander quelque chose pour celui qui en a.
Heureusement, le gouvernement commence à reconnaître qu’il n’a rien pu faire en 9 ans pour réduire le taux de pauvreté en Guinée. Il me semble qu’il reconnaîtra aussi, qu’il n’a vraiment pu faire grand-chose, pour sortir le guinéen du noir. L’énergie c’est comme d’habitude, elle n’est disponible qu’en saison des pluies. La période d’étiage et les sorciers ont déjà été pris pour responsables. Mais nous ne pouvons pas continuer à nous mentir et faire croire devant les tribunes de l’ONU et de l’union africaine que notre président est le champion en électrification du continent. Les champions sont ailleurs.

Jacques Lewa Leno, journaliste au groupe Hadafo Médias

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